L’Avent

Ce terme, spécifiquement occidental, vient d’« adventus », avènement. C’est le temps liturgique qui prépare à l’Avènement du Seigneur, c’est-à-dire à la fête de Noël.


A l’origine, la seule fête chrétienne était Pâques, avec toutes les fêtes satellites : avant, la Semaine Sainte ; et après, l’Ascension et la Pentecôte.

Mais après la « Paix de l’Eglise » (édit de Milan en 313), c’est-à-dire la fin des persécutions, les rites se sont considérablement enrichis : on a fêté aussi tous les évènements concernant la vie terrestre du Seigneur, et en premier lieu, bien sûr, Noël ( dérivé du terme « natalis », naissance).


L’Orient et l’Occident ont évolué différemment, dans tous les domaines de la vie liturgique.

L’Orient, qui a l’obsession de la Divine Trinité,  est synthétique et intemporel : on a fêté en bloc toutes les fêtes de l’avènement du Seigneur le 6 janvier ( ancienne date du solstice d’hiver : fête des Lumières en Alexandrie ) : Nativité du Christ, Adoration des mages, Baptême du Christ, Cana, etc… Mais à Constantinople et à Jérusalem, on a tout de même distingué deux groupes de fêtes : celles de « Noël » ( Naissance du Seigneur et Adoration des mages) et celle de la Théophanie (Baptême du Seigneur). C’est l’état au 4ième siècle.

L’Occident, qui a l’obsession de l’Incarnation du Verbe, est analytique et historique : on a fêté successivement toutes les fêtes théophaniques : la Nativité du Christ le 25 décembre , les Saints Innocents le 28 décembre, l’Adoration des Mages ou Epiphanie le 6 janvier, le Baptême du Christ (à l’octave de l’Epiphanie, le 13 janvier), les Noces de Cana (le dimanche qui suivait)…  Petit à petit, tout un cycle des théophanies s’est constitué.

 

Au plan liturgique, la fête de Noël a été copiée sur celle de Pâque. En Orient comme en Occident, leurs vigiles respectives ont la même structure. Il en a été de même pour les préparations. De même que, petit à petit, un carême s’est constitué pour se préparer à Pâques ( on est passé progressivement de 2 jours de jeûne – Vendredi Saint et Samedi Saint – à 40 jours ! Probablement sous influence monastique ), de même on a instauré un carême de préparation à Noël. Mais en Orient, il s’est agi d’un simple jeûne ( le « Carême de Noël »), moins rigoureux que celui de Pâques, tandis qu’en Occident on a élaboré des rites propres à l’Avent. C’est tout un cycle liturgique qui s’est ainsi constitué, avec des chants et des prières propres. Ces rites sont à peu près fixés vers le 6ième siècle.

 

Lorsque l’évêque Jean, et ceux qui l’entouraient - dont son frère Maxime - ont restauré une année liturgique orthodoxe de rite occidental (essentiellement à partir de 1945), ils ont bien pris soin d’intégrer toutes ces richesse antiques. Et ils ont restauré l’usage gallo-romain des six dimanches (40 jours) de l’Avent, car le rite romain n’en compte que quatre ( 30 jours ; personne ne sait pourquoi ). La préparation à Noël est donc en Occident simultanément liturgique et ascétique, ce qui est bien.

Il y a beaucoup d’éléments liturgiques remarquables durant cette période. On chante le Benedictus (cantique de Zacharie) chaque dimanche ( Il n’est jamais chanté dans l’année liturgique byzantine : il a été « oublié »). On lit tous les jours le prophète Isaïe ( celui qui a fait la prophétie de l’Emmanuel ), sur un ton particulier (dans le rite byzantin, on ne lit jamais l’Ancien Testament au cours de la liturgie, seulement aux Vêpres). On mentionne tous les justes de l’Ancienne Alliance dans les diptyques.

En outre, cette période comporte une dimension eschatologique, car l’Occident chrétien y a vu, non seulement la préparation à la fête du Premier Avènement (Noël), mais aussi une préparation au Deuxième Avènement, le retour du Christ en gloire, avec deux caractéristiques liturgiques : on mentionne le Deuxième Avènement dans l’Anamnèse (seulement dans cette période de l’année, tandis que dans le rite byzantin « intemporel », il est mentionné tout le temps, parce qu’on considère que tout est déjà accompli) ; et tous les Evangiles des trois premières semaines de l’Avent concernent la prophétie du Christ sur la fin des temps ( qu’on trouve chez les trois Synoptiques et qui ne sont jamais lues dans le rite byzantin). Autre richesse : la forte présence de St Jean Baptiste, dans la seconde moitié de l’Avent.

Vous aurez compris, en lisant ces lignes, que l’Orient et l’Occident sont  complémentaires et que le fait de nous avoir interdit le rite des Gaules en 1995 est une erreur spirituelle et un contre-sens pastoral.

 

Le premier dimanche de l’Avent est calculé en fonction du jour de la semaine de la fête de Noël : il est donc variable. Ainsi, cette année [2011], pour les orthodoxes de rite occidental le Carême commence le dimanche 13 novembre (en fait le samedi 12 à Vêpres, où l’on lit la première lecture d’Isaïe : Is.1/1-19). En ce qui concerne le rite byzantin le Carême de Noël commence le mardi 15 novembre ( pourquoi ? Je n’ai pas trouvé d’explication).


Comme le rite occidental, qui nous était cher, nous a été interdit, il est bien difficile de nous intérioriser dans cette merveilleuse attente du Christ, l’Epoux céleste. Nous allons donc, avec la bénédiction de notre Métropolite, mettre au moins tous les parements de la chapelle en violet et nous vêtir de violet ( la couleur liturgique des préparations, du repentir et de la sagesse). Et le dimanche, il serait bien que nous puissions chanter les laudes occidentales de l’Avent, qui comportent des chants particulièrement bien adaptés (notamment l’hymne de l’Avent et le Benedictus…).

Nous ferons une exception, ce dimanche 20 novembre car, pour une simple raison d’occurrence liturgique, nous allons célébrer la fête de l’Entrée de la Vierge au Temple. En fait elle a lieu le 21 novembre, ce qui explique qu’elle soit souvent liée au 2ième dimanche De l’Avent). Le clergé majeur sera donc en bleu et blanc. 


La tonalité de l’Avent est l’attente. Evitons de « faire Noël » avant Noël. Laissons les bonnes nourritures, les parements de fête, les cadeaux pour la nuit du 25 décembre. Attendons que l’Epoux céleste soit parmi nous pour le fêter.


(17 novembre 2011) Père Noël TANAZACQ